KHIMAIRA, mai 2001


La plupart si pas la totalité de vos oeuvres sont plongées dans le monde des légendes. Expliquez-nous d'où vous est venue cette passion pour l'imaginaire ?
Je suis bretonne et j'ai grandi avec des histoires de gnomes, korrigans et de fées... Le monde celtique a toujours fait partie de ma vie. De plus, la Bretagne est une région qui se prête très bien à la rêverie... Les vieilles pierres des villages, les forêts m'inspirent énormément.
Mais je ne crois pas que l'environnement soit la seule explication à cette attirance vers les mondes de légende. Je pense que j'ai ce monde en moi. Depuis que je suis toute petite, j'aime les contes et l'imaginaire a toujours fait partie de ma façon de penser. Pour moi, ce que j'imagine et ce que je peints, est aussi tangible que ce que tout le monde nomme la réalité.
Les personnages que j'invente existent vraiment… Ailleurs.Quelles différences faites-vous entre l'imaginaire pictural et l'imaginaire littéraire? Plus précisément qu'apporte l'image par rapport au texte ou le texte par rapport à l'image dans la visualisation d'une créature féerique ou d'un paysage fabuleux ? Votre avis d'illustratrice…
Je crois que les deux se nourrissent l'un l'autre. Quand on illustre un texte, on impose sa vision des choses. Cette vision peut bloquer l'imaginaire des lecteurs ou la nourrir, ça dépend. Mais ce serait dommage de se passer des merveilleuses images que des milliers d'artistes ont imaginées. Une image qui nous plaît, s'inscrit pour toujours dans notre mémoire. Elle finit par faire partie de nous. Et je trouve ça génial.
L'imaginaire pictural et l'imaginaire littéraire sont deux choses qui, à la fois sont différentes et qui se complètent.
Dans vos oeuvres, on remarque surtout des êtres féminins. Pourquoi choisir de peindre des figures féminines plutôt que masculines ?
On me pose souvent la question ! Déjà parce que je suis une femme et qu'à mon sens, on ne dessine bien que ce qu'on connaît. De plus, j'aime les choses gracieuses, fines, délicates… J'aime pouvoir m'amuser avec les broderies, les coiffures, les bijoux… Quoi de mieux que de peindre une femme pour exprimer tout ça !
Vous avez illustré nombre de romans et recueils de nouvelles de fantasy, expliquez-nous votre manière de travailler, de créer une image à partir d'un texte ?
La plus par du temps, j'ai le texte en entier, que je lis jusqu'à la dernière ligne. Je cherche alors quelques scènes qui m'évoquent des images. Je prends pas mal de notes.
Je fais ensuite quelques crayonnés et j'élimine certaines idées qui ne se révèlent pas si bonnes que ça. Ensuite, je soumets ce qui reste à l'éditeur (Quand je connais bien les éditeurs et qu'ils me font confiance, je leur explique juste ce que je vais faire et leur soumets uniquement le dessin final).
Il fois qu'une idée est retenue, je commence toujours par dessiner les personnages. Je fais toujours plusieurs crayonnés. Ensuite je m'attaque au lieu.
Puis, vient la phase " Photoshop " : Je scanne les croquis (fait à n'importe quelle échelle) et je fais tous un tas d'essais de composition (tel personnage en premier plan, puis qui passe au second, etc…
Lorsque je suis à peu près satisfaite, je sors ça sur imprimante, pour vérifier. Cette phase peut durer assez longtemps… Je suis assez perfectionniste !
Je soumets mes croquis finaux à l'éditeur et commence alors la phase peinture.
Mais avant, il fait reporter le dessin sur la toile (je n'aime pas ce moment… C'est toujours long et fastidieux !). Il y a deux méthodes : Le projecteur, idéal lorsqu'il y a peu d'éléments. Sinon, on décalque le dessin agrandit (photoshop), On repasse le dessin à l'envers avec un crayon de couleur assez sombre et tendre puis on le transfère sur la toile en frottant. Enfin, on repasse le dessin sur la toile, pour qu'il soit bien lisible.
Vient enfin la peinture a proprement dit. Je peints à l'huile. Je pose d'abord les grandes plages de couleurs. Puis, viennent les détails et je finalise avec des glacis.
Et pas mal d'heures plus tard, la peinture est finie.
Quelle technique vous semble la plus apte à créer une sensation de légendaire? Je veux dire, existe-t-il une technique dont le résultat vous semble plus féerique qu'un autre ?
J'adore l'aquarelle mais la technique que j'aime le plus, c'est l'huile. Mais je ne réponds pas à la question ! À mon sens, il n'y a pas de technique meilleure qu'une autre pour rendre une image plus féerique. Il faut juste se sentir à l'aise avec une technique pour pouvoir donner le maximum de ce qu'on a à donner.
Vous avez travaillé sur des albums BD? Le parcours dans la création des images BD est-il le même que pour vos tableaux ?
J'ai essayé de faire de la BD en sortant de l'école. Mais le côté répétitif ne m'a pas plu.
En BD, il me semble qu'on fait beaucoup de croquis. Si on travaille en couleur directe, le processus est sensiblement le même que pour un tableau. Si on fait la couleur à part, c'est, bien sûr différent… Je n'ai pas assez de compétence dans le domaine pour en parler.
Quels sont vos projets en cours de réalisation et ceux auxquels vous aspirez ?
Je viens de finir une couverture pour les éditions NESTIVEQNEN, pour illustrer un recueil de nouvelles de Nicolas Cluzeau, " Harmeline et Deidre ". Je suis actuellement sur un projet d'une couverture de livre pour le Canada. J'expose aussi une quinzaine de toiles à la galerie Hérouet (54 rue vieille du temple, à Paris) du 17 au 29 avril 2001.
J'aspire à faire de plus en plus de toiles à l'huile et devenir peintre à part entière.Dans l'univers de la Fantasy, le Seigneur des Anneaux a une place primordiale. Mais dans votre propre univers imaginatif, peut-on prétendre que l'oeuvre de Tolkien tient également une grande place ? Racontez-nous en quelques lignes ce que représente "Le Seigneur des Anneaux" à vos yeux?
Je ne sais pas trop si Tolkien m'a beaucoup influencé…La chose qui m’a le plus frappé dans « le Seigneur », ce sont les elfes, leur beauté surnaturelle, leur grâce…