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TERRA INCOGNITA – décembre 2000 Suite..
K : Mais pourquoi pas ? Tu as un chat !
Il y a des pigments de provenance étranges tout de même.
Par exemple, des calculs rénaux de vaches tibétaines servent
à faire un pigment jaune, un truc hallucinant. On a pas la place
pour l’instant de mettre un yack dans le salon ! Mais c’est
vrai que j’aimerais avoir plus d’espace pour broyer moi-même
des couleurs. Ne serait-ce que de voir en pot les pigments c’est
merveilleux, Ces couleurs pures c’est fabuleux.
K : Le côté revenir aux origines ?
Oui c’est ça. Tendre mes toiles aussi. C’est-à-dire
acheter la toile de lin vierge la tendre. En plus on peut vraiment faire
les formats qu’on veut. On n’est plus, obligé d’acheter
des formats standards qui ne collent pas toujours à ce qu’on
veut faire. Mais c’est pareil, tendre sa toile quand on vois la
place que j’ai… En plus au début on fait des bêtises,
c’est mal tendu etc. Le matériel ne coûte pas très
cher. Ce n’est pas non plus une question de temps mais juste une
question de place. Je n’ai pas envie de m’investir là-dedans
pour le moment, ça fait seulement un an et demi que je travaille
à l’huile. J’ai encore à apprendre, à
essayer, déjà, de maîtriser l’huile et puis
après je m’amuserai avec les pigments et les tensions de
toile. Ça sera la cerise sur le gâteau.
K : Tu parlais de taille de tableaux de formats que tu utilisais.
Est-ce qu’il y a des formats en particulier sur lesquels tu aimerais
travailler ? Quels sont tes formats de prédilection ?
J’ai commencé tout petit. (30 x 40cm ). Toute timide que
j’étais avec l’huile ! Et puis, j’ai attaqué
des toiles qui faisaient 50 x 60. Et là je travaille sur des toiles
qui font 80 x 60 cm et je commence trouver ça ridiculement petit.
Donc j’ai envie de toiles qui fassent, au moins, sur un longueur,
1 m à1,20 m…
K : Toujours sur des formats rectangulaires ?
Non,j’aimerais bien travailler sur des formats « marines »,
c’est-à-dire horizontaux J’ai aussi envie de travailler
sur des formats très étroits.
K : Très vertical pour étirer les …
J’aimerais bien faire des choses qui sortent un petit peu de l’ordinaire.
Et en plus maintenant on trouve des toiles de ce format là. C’est-à-dire
des 50 x 100.
M : Par contre ça t’oblige au niveau compo à
faire de choses un petit peu particulières.
C’est l’intérêt parce que jusqu’à
présent à l’aquarelle j’ai fait des essais de
composition. Tandis qu’à l’huile je me suis beaucoup
contentée de faire des portraits. Donc au niveau composition c’est
quand même pas terrible. Il faut que je m’y mette. De toute
façon j’ai un cahier avec intitulé « Idées
tableaux » et il est tout même rempli à moitié.
K : En fait tu notes tout ce qui te vient. Ça te vient
comment d’ailleurs ces idées. Je sais ça vient toujours
de manière « plouf » comme ça en regardant un
truc. Mais est-ce que toi ça peut te venir d’une note que
tu vas entendre ou est-ce que c’est plus une couleur qui subitement
devient extraterrestre, je sais pas ?
Il y a la musique qui parfois provoquent des idées… Je me
rappelle la première fois que j’ai entendu l’album
de Loreena McKennit « The Mask and the Mirror », nous étions
en vacances et nous étions juste allés faire un tour dans
un sous bois qui est mon endroit, et j’ai écouté ça
et j’ai pleuré tout le long de l’album. J’étais
partie dans un monde ailleurs (de l’autre côté) J’avais
les yeux ouverts mais j’étais dans le sous bois avec mes
elfes et j’avais des tableaux qui venaient moi , des ambiances,
des choses comme ça. Ca peut venir dans la nuit, des rêves…
Quand je suis en train de peindre, il m’arrive d’être
déjà dans un autre tableau, ça m’arrive souvent…
K : C’est pas un peu du zapping ? Quand tu es en train de
peindre quelque chose et que tu perds ta concentration, c’est pas
quelque chose qui peut être très frustrant ? Où il
faut lutter pour rester dans le présent ?
Oui c’est frustrant, on a envie de faire autre chose. Alors ce que
je fais c’est que. je me précipite sur mon cahier et je note.
K : Et c’est quelque chose dont tu arrive à te « débarrasser
». Enfin l’idée, l’envie que tu as de faire ce
tableau plus tard, qui te taraude un petit peu c’est une chose que
tu arrive à éloigner de toi ?
Une fois que je l’ai notée pour moi c’est bon. J’ai
noté ça restera. L’image ne peut pas s’en aller.
Je peux l’oublier, ne plus y penser mais dès que je retourne
dans mon cahier, que je vois ce que j’ai écris, je retrouve
l’image que j’ai imaginé à ce moment-là.
K : Mais je parlais plus de l’envie de faire les choses
dans l’immédiat. Enfin peut-être que c’est quelque
chose qui t’est arrivé quand tu étais plus jeune et
que quand tu t’es professionnalisée c’est quelque chose
que tu as su viré. Enfin cette idée de zapping c’est
quasiment inhérent aux enfants en fait ?
Le problème, c’est qu’on est obligé de tenir
des délais. On ne peux pas se permettre de tout arrêté
et de faire autre chose. Mais il y a des périodes où je
peins des choses pour moi et je suis complètement à ce que
je fais car je le fais pour moi et je suis vraiment dedans
M : Qu’est-ce qui est le plus frustrant sur une peinture,
une illustration de commande ?
Le plus frustrant c’est de trouver quelque chose qui va me plaire,
une idée intéressante, enfin ce n’est pas frustrant
mais c’est le plus difficile. Et franchement, je réfléchis
à toutes les couvertures que j’ai faites et y’en a
pas beaucoup qui me plaisent vraiment. Sur certains manuscrits j’ai
« galéré » Je les lis, je prends des notes en
élève studieuse que je suis, mais ce n’est pas toujours
facile… Pour d’autres manuscrits, par contre, c’est
venu tout seul !
M : J’ai l’impression que tu notes beaucoup d’ailleurs.
Tu parlais d’un cahier tout à l’heure ?
Oui j’écris beaucoup. Souvent, lorsque j’ai une idée
de tableau je ne vais pas la dessiner, je vais l’écrire.
Comme s’il fallait que ça passe en mots. Bon très
souvent c’est accompagné d’un petit croquis, mais le
croquis ne va pas donner l’émotion que je voulais faire passer.
Donc il faut que j’écrive. J’ai toujours écrit.
Je suis très jalouse de la musique et de l’écriture.
Parce que la musique c’est une émotion très forte,
c’est immédiat, et l’écriture peu aller assez
profond dans l’émotion, de manière précise.
Tandis que la peinture c’est quelque chose d’imprécis,
de fugace, Les gens ne voient pas toujours ce qu’on a voulu y mettre.
Ils y voient autre chose très souvent (l’écriture
aussi). C’est très compliqué et par rapport à
la frustration, aussi bien à l’huile qu’à l’aquarelle,
quand c’est une commande, c’est difficile de trouver de l’émotion
dans une commande, franchement. On est content plus ou moins mais…
c’est pas souvent moi. J’essaie d’être au plus
proche, de faire la meilleure image, mais… C’est-à-dire
que les meilleures couvertures, j’ai faites c’est pour des
livres que je n’avais pas lus. je crois que je suis trop servile
par rapport au texte, je veux faire trop plaisir à l’auteur,
je veux vraiment illustrer son roman et pas faire mon trip à moi.
Donc je me bride en fait, Tandis que si on me raconte des choses, c’est
mon imaginaire qui tourne et là je peux me lâcher et c’est
là que je fais le meilleur travail. Mais il n’y a que dans
les petites boîtes d’éditions qu’on a l’auteur
sous la main.
M : Est-ce que tu aurais des remarques, des conseils à
donner pour les jeunes qui auraient envie de se lancer dans l’illustration,
dans ce type de métier ?
Des remarques… Je dirais d’abord que ce n’est pas un
métier facile et qu’il ne faut pas avoir peur d’aller
démarcher, d’aller voir les gens parce que si on est troglodyte
c’est même pas la peine. Non sincèrement, moi je sais
que les premières fois, avant de décrocher l’appareil
et de composer le numéro pour un rendez-vous, je tremblais, je
transpirais, je devais attendre au moins un ¼ d’heure pour
me motiver. Maintenant je décroche le téléphone plus
facilement mais c’est toujours quelque chose de difficile. Il faut
déjà avoir l’envie d’aller vers les autres,
parce que c’est les autres qui vont vous donner du travail. C’est
un métier difficile parce qu’on ne gagne pas non plus des
« milles et des cents », donc il faut le savoir ça
aussi. Mais j e n’aurais pas pu faire autre chose, c’est impossible.
Même si je gagnais deux fois moins je continuerais à faire
ce travail. Parce que je ne me vois pas faire autre chose. Il n’y
a pas de conseil à donner aux gens qui veulent faire ce métier
parce que ceux qui veulent vraiment le faire, c’est vital pour eux.
Ils ne peuvent pas faire autre chose donc que leur dire? « Accrochez-vous
»…
K : Si il y a peut-être aussi un rapport avec le travail
élémentaire, on peut être aussi dessinateur et décider
de faire beaucoup de dessin industriel, ce qui est pas forcément
ton cas finalement parce que tu arrives à faire en sorte…
Jusqu’à présent j’ai jamais réellement
fait de travail « alimentaire ». Les choses les plus éloignées
que j’ai fait c’était pour « Science et vie junior
», c’était de l’illustration historique (Champolion)
J’ai tout de même réussi à mettre une mansarde,
avec de la lumière, une bibliothèque… Ce sont les
choses les plus éloignées que j’ai faites.
M : Important la bibliothèque.
Oui ! le bois, la lumière, la bibliothèque, j’aime.
K : La bibliothèque ça a une symbolique très
précise par rapport à la connaissance ?
Pour moi la magie passe par les mots.
K : Ce sont des incantations ?
C’est le côté incantatoire. Je trouve que je n’ai
pas une culture suffisante et je n’en serai jamais satisfaite parce
que je la trouve d’une pauvreté hallucinante.. Le savoir
me fascine.
K : Et les maîtres aussi. Je veux dire celui qui va dispenser
le savoir ?
Adolescente oui. J’avais le fantasme de rencontrer un vieux monsieur
aux cheveux blancs qui m’initierait à la magie, à
la vie… Un livre vivant.
K : Un érudit, un vieux mentor qui apprendrait tous les
secrets de la Terre.
Après je me suis rendue compte qu’apprendre par soi-même
c’était l’essentiel. Mais les vieux bouquins, les odeurs
de vieux livres et de bibliothèque, de bois ça me fascine,
c’est clair.
K : Les choses qui ont vécu et traversé les âges
en fait ?
Qui ont une histoire, les trucs un peu abîmés, les vieux
objets tout ça, j’adore. Mais par rapport à la question
que tu posais, au sujet des jeunes qui débutent… Je pense
que ce qui est important c’est de chercher tout le temps en fait…
Ne jamais être persuadé qu’on a trouvé son style,
qu’on a plus besoin de chercher. Je connais des illustrateurs que
j’apprécie, , qui restent dans un style et qui stagnent.
Ils ne cherchent plus à faire des nouvelles choses. J’ai
attendu mes trente ans pour passer à l’huile… Peut-être
qu’à quarante, je vais faire autre chose, je n’en sais
trop rien. Mais il ne faut jamais tomber dans l’autosatisfaction
et se dire « ça y’est , j’y suis arrivé.
» Tout le temps chercher des nouveaux trucs, pas pour spécialement
innover ni quoique ce soit d’autre, mais pour être de plus
en plus proche de ce qu’on est, de ce qu’on a envie de faire.
Je pense que c’est ce que je dirais à quelqu’un qui
veut commencer. Aller de plus en plus loin quoi, chercher à évoluer.
(tout un passage de discussion sur les gens gauchers ou ambidextres assez
marrant non l’autre gauche)
K : Au sujet du point de vue. Je pense que quand on dessine on
est très réceptif au regard des autres, au jugement qu’ils
peuvent porter par rapport au dessin qu’on vient de faire et du
coup si ça leur plaît pas dans un premier temps on peut être
« douloureusement meurtri » par ce jugement au début
mais à partir du moment où c’est achevé que
ça plaise ou non aux autres, bon c’est toujours plaisant,
mais on sait que on est OK avec ce qu’on fait. Tu vois ce que je
veux dire ? Où en es tu par rapport à ça ?
Au niveau dessin j’ai jamais attendu l’approbation de quelqu’un,
j’ai toujours été suffisamment sûre de mon dessin.
Mais au niveau de la couleur je suis plus sensible. Parce que la couleur
est venue assez tard, j’avais quand même dix-huit dix-neuf
ans, alors que je dessine depuis que je suis toute petite, c’est
naturel pour moi, mais la couleur (K : Tu as du passer par l’apprentissage
à la dure) Oui, la couleur c’est moins naturel que le dessin,
donc du coup j’attends l’avis des autres. Et c’est vrai
que sur ce coup là je suis pas sûre de moi. Sauf qu’il
y a des moments ou je sais que c’est bien et c’est ces fameux
petits miracles qui se produisent, quelque soit la technique, cette petite
extension de soi qui arrive, je ne sais pas comment expliquer ça,
ça m’arrive régulièrement. Par exemple je suis
devant une toile, je sens que ce que je fais est en accord avec moi et
là j’ai l’impression, pendant une seconde, de m’étendre,
, je prends de l’ampleur, comme une pulsation en dehors de moi.
Et là c’est le vrai bonheur, je me dis « là,
je suis bien, je suis exactement dans ce que j’ai à faire,
là, maintenant ». Je suis là où je dois être
et c’est le bonheur. Je me sens là où je dois être
sans décalage avec rien c’est-à-dire je me sens bien
avec ce que je suis en train de faire, ce que je suis, là où
je suis, avec qui je suis enfin… Lorsque ça arrive plusieurs
fois dans la même journée je sais que ce que je suis en train
de faire quelque chose avec ce petit côté magique. Ces images
ne sont pas mieux réalisées techniquement que d’autres
mais il s’est passé quelque chose et très souvent
je l’ai su pendant que je le faisais.
K : Et tu peux nous dire lesquelles sans indiscrétion ?
C’est par exemple La Clef, L’Ange aussi.
K : Par exemple le lutin qui n’est pas là ?
Non celui-là je l’ai fait trop vite, je l’ai fait en
une heure donc j’ai pas eu le temps de ressentir…
K : Et pourtant il frappe les gens.
D’ailleurs non c’est vrai … me rappelle maintenant :
on était avec Bruno Bellamy, en train de discuter, et à
un moment donné je me suis éclipsée, j’ai eu
une envie subite, irrépressible de peindre. Généralement
je ne m’éclipse pas lorsqu’un ami est à la maison…
A un moment donné, mon ami et Bruno ont parlé ordinateur,
donc j’ai décroché et j’ai filé à
l’atelier. J’avais une petite toile sur laquelle j’avais
déjà fait un fond. fait un croquis pendant la discussion…
Ils m’ont retrouvée une demie heure plus tard, en train de
le finir le tableau C’est donc vrai que ça a été
plus fort que moi, comme une bouffée. C’était irraisonné,
très émotionnel. Mais comme c’est très rare
que je fasse quelque chose de rapide parce que ma technique est lente,
ces émotions-là restent assez rares. Mais cette émotion
peut subvenir lors d’un petit croquis ou même lors de l’élaboration
d’images abstraites. J’aime beaucoup travailler dans l’abstraits
aussi.
K : Parles-nous un petit peu de ça
Le côté abstrait, c’est un petit peu libérateur.
D’abord, je le fais pour moi, je ne le montre pas, généralement.
Je n’ai pas à vouloir maîtriser quoique ce soit, je
fais ce qui me passe par la tête. Et je fais ça sur du papier
encore, je n’ai jamais fait ça à l’huile. J’aime
la matière, j’aime les fonds, le côté un peu
graphique aussi, un peu jeté. Je crois que c’est des restes
de calligraphie. J’aime bien ça, ça me fait beaucoup
de bien. Et ça rejoint aussi ce côté un peu alchimique
dont on parlait, c’est le côté test. Je rajoute du
fiel de bœuf, etc. Et c’est le mélange entre ces deux
aspects là : entre expérience, juste comme ça pour
l’expérience et le côté jeté. Je suis
quelqu’un de précis, mais j’aime, de manière
contradictoire le geste. Sur certains tableaux j’ai travaillé
au couteau et c’est un bonheur total pour moi. Déjà
quand je peins j’en ai jusque là. Etre dans la matière
réellement, toucher la matière… C’est pour ça
que j’ai envie de travailler sur des grandes toiles pour pouvoir
à certains endroits avoir des choses très précises,
parce que ça fait partie de moi et puis avoir des fonds un peu
plus abstraits, plus graphiques, plus dans la matière. Et pour
l’instant comme je n’arrive pas à mettre tout ça
dans une même toile, ça reste des petites parcelles sur papier
et le jour où j’arriverai à réunir tout ça
sur une toile, je serai heureuse.
K : ça sera le summum ?
Peut-être pas le summum mais j’aurai franchi une autre étape.
M : C’est marrant aussi tu as aussi plusieurs tendances
entre tes tableaux. Des tableaux qui sont pleinement fantastique avec
des fées, des elfes, etc. et puis des tableaux qui sont un peu
plus subtilement fantastiques : dans les jeux de lumière, des détails
concernant les personnages, ce genre de choses.
Oui. De toute façon la lumière tout ça, ça
m’a toujours fascinée. Je tends vers les lumières
des Peintures de Rembrandt, Vermeer Mais le petit peuple fait partie de
moi. C’est comme si je les connaissais. J’ai même presque
parfois l’impression de peindre ma famille. C’est étonnant
parce que je montrais mon book à des gens Colmar lors d’une
dédicace et je me dévalorisais par rapport aux lutins que
je peins je les met à la fin et je dis « Bon voilà,
tout ça c’est juste pour m’amuser ». Comme s’il
fallait que je me justifie « Bon là faites pas attention
c’est pas important…» et il se trouve que justement
c’est ça qui plaît C’est très étonnant.
Pour moi il y a un côté enfantin là-dedans que je
n’assume pas vraiment. J’ai commencé l’huile
j’avais 29 ans, assez tardivement par rapport au moment où
j’ai commencé à dessiner. Donc pour moi l’huile
c’est le stade adulte. C’est pour ça qu’il y
a toute cette envie d’aller vers des lumières style Vermeer,
Rembrandt, c’est adulte, ça fait peintre et je n’arrive
pas à assumer ce côté lutin ,enfantin à l’huile.
M : Peut-être aussi parce qu’il y a une image que
les critiques ou que les galeristes veulent te coller ?
Oui je crois que c’est aussi ça. Malgré moi j’ai
envie d’avoir une certaine reconnaissance de la part des critiques
(bullshit) d’art. Ces gens-là ne me connaissent pas du tout,
je ne suis représentée nul part. Ma peinture est déjà
classée dans le « fantastique », alors si en plus j’y
mets des lutins, des petites choses avec des bonnets, ça ne va
pas aller. Donc je n’arrive pas à l’assumer et pourtant
c’est débile parce que ça fait partie de moi …
K : Dans la plupart de toiles, surtout des huiles enfin tes travaux
personnels, il y a souvent un personnage, c’est centré sur
l’émotion de ce personnage. Je pense que c’est délibéré,
que ce n’est pas un hasard ?
Je l’explique assez facilement. Quand j’ai commencé
le dessin et la peinture, à l’époque à l’acrylique
et, à l’aquarelle j’ai évoluée d’une
certaine façon et je suis en train de reproduire cette évolution
à l’huile. J’ai commencé par faire des portraits
ensuite je me suis un peu éloignée de la personne et j’ai
fait des gens en pied, je me suis ensuite encore éloignée
et j’ai commencé à faire des lieux. Je suis en train
de me rendre compte qu’inconsciemment je suis exactement le même
processus à l’huile. Quand j’ai commencé cette
technique j’ai fait des portraits sur des petites toiles et de temps
en temps fait deux-trois décors, mais globalement c’est quand
même des portraits. Il faut être un peu patient pour voir
enfin des paysages et toutes sortes de lieux dans mes toiles.
M : Pour avoir le paysage tout entier ?
Ça commence parce que dans « L’étrangère
il y a du ciel. J’en avais envie. J’ai aussi de plus en plus
envie de faire de la verdure et tout ça donc et plein de choses
encore…
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