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TERRA INCOGNITA – décembre 2000 Suite...
K : Ce serait intéressant d’approfondir cette histoire
de BD et d’illustration. Tu voulais faire de la BD à l’origine
au final, pour le moment en tout cas, tu es largement dans l’illustration.
Qu’est-ce qui a fait que tu es restée dedans, quel est le
déclic qui a fait que tu es passée à l’illustration
?
Comme d’habitude il n’y a pas eu de déclic, ça
s’est fait un petit peu sur la longueur. J’ai fait la première
année de l’ESAG, la troisième et la quatrième.
Je passais en cinquième année mais comme je n’avais
plus de bourse, je ne l’ai pas faite Donc, milieu de la quatrième
année j’ai rencontré un scénariste de BD, qui
avait un univers très fantastique, avec des elfes et tout ça…
J’ai donc bossé sur une année à peu près
et au final ça s’est mal passé. C’est-à-dire
que j’ai beaucoup travaillé, énormément même
et mon travail n’étais pas reconnu alors j’ai décidé
d’arrêter. Après Marc Bati m’a contactée
via Casus Belli, pour un autre projet. Marc est quelqu’un d’adorable,
de gentil, et de patient Ce qui m’a gênée sur ce projet
là c’est que, le scénario était pas de lui,
mais quelqu’un d’autre. J’avais dit oui au projet sur
un synopsis, mais au final quand j’ai vu le scénario, il
ne me plaisait pas du tout. C’était censé être
une série. Je ne voulais pas passer trois ou quatre ans sur cette
histoire qui me plaisait qu’à moitié De plus, Marc,
il ne m’en voudra pas si je le dis, avait une tendance à
corriger mes dessins. Corriger anatomiquement, y’a aucun problème.
Mais j’avais une tendance à faire les personnages très,
très maigres, à cette époque là, et il fallait
le respecter, je pense Après ses corrections, l’héroïne
devenait une adolescente post-pubère… ça m’allait
pas
K : Tu veux dire il corrigeait, il faisait ça lui-même
?
Oui, c’est un dessinateur. Je faisais mes planches. Je lui envoyais
mes dessins parce qu’il n’habitait pas sur Paris. Il les corrigeait
les erreurs anatomiques, mais il reprenait aussi le visage, c’est
à dire l’essence même du personnage. Et ça plus
le scénario j’ai dis : « Bon, on arrête. »
Donc sur le coup ça s’est mal passé car les ruptures
semblants soudaines sont jamais bien prises, mais maintenant je revois
Marc sans problème. Donc j’ai arrêté la BD.
Je me suis rendue compte que la répétition des personnages
c’est quelque chose qui me fatiguait, qui m’allait pas du
tout. Je déteste faire deux fois la même chose, donc refaire
cent fois le même personnage…
J’ai pris alors mes dossiers et je suis allée voir les éditeurs
de livres pour enfants.
K : est-ce qu’à l’époque y a des dessinateurs
de BD qui t’ont vraiment frappée, qui t’influençaient
?
En BD c’est la découverte de Moebius qui a été
un choc Surtout « Starwatcher » , j’ai trouvé
ça incroyable… Au niveau histoire j’aimais beaucoup
la série des Thorgal aussi. Sinon, c’est Siudmak qui m ‘a
fait découvrir l’imaginaire par l’images. Ça
a été un choc quand ses albums 1, 2 et 3 sont sortis. Je
devais avoir seize, dix-sept ans quand je les ai découvert, ça
a été le choc total (encore !).
M : Et l’illustration c’est presque encore plus solitaire
que la BD comme activité non ?
Parfaitement ! J’étais encore étudiante et je me disais
: « Jamais je ne pourrais rester toute la journée toute seule
». Et en fait cette vie me convient très, très bien.
Et je me demande même si je suis capable de collaborer avec quelqu’un
!
K : Bon effectivement c’est une activité solitaire.
Tu peux nous raconter un peu ta journée de travail ?
Ben Ca dépend de ce que je fais en fait. (Didier : « Elle
note toute ses heures ») ça, ça vient d’un traumatisme
qui est du au premier individu avec qui j’ai fait de la BD(rires
oui bon)
K : Alors raconte-nous un peu
Ce scénariste soutenait mordicus que je ne travaillais pas, que
ce que je faisais représentait trois heures et demie de travail
à peine, Donc je me suis dis : « , Comme je travaille tout
même sept à huit heures pas jour, c’est pas juste !
Je vais lui prouver que je travaille» Je lui ai jamais montré
mes cahiers où je note mes heures d’ailleurs. J’y mets
l’heure à laquelle je commence, à 5 minutes près
et j’indique toutes les poses. J’ai donc le timing de quasi
tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, à
minutes près…
M : Tu continue à le faire encore ?
Je continue à le faire. Je n’arrive pas à m’en
défaire.
K : Et alors combien de temps… ?
Bon tout dépend de ce que je fais en fait La journée
type ça dépend des périodes. Je me mets à
travailler entre 8 h et 10 h Je prends mon temps pour petit déjeuner
: « Je vais pas me mettre à stresser alors que je suis chez-moi
tranquille. ». J’allume l’ordinateur pour consulter
mes mails. Je suis complètement accro (rires) C’est pas bon
du tout je sais. Maintenant je mets au moins une demie heure, à
répondre aux mails tout même. Et puis ensuite, je me mets
tranquillement au travail.. Je m’arrête une heure pour manger..
Et puis je reprends. Je fais une pause petite demi-heure dans l’après-midi
Et je cesse le travail lorsque mon ami Didier rentre, vers les 20 heures.
M : Tu as envie de faire des breaks parfois quand tu es sur une
peinture et de repasser simplement au crayonné ou inversement K
: Ou de laisser reposer ?
Non c’est-à-dire que quand c’est une commande et que
j’ai un temps limité, généralement je ne fais
rien d’autre en même temps. Je prends tout le temps. Sauf
des énormes envies comme par exemple le tableau qui est pas achevé
dans l’atelier où là franchement c’était
plus fort que moi ! Il a fallut que je laisse tout tomber et que je fasse
cette peinture. Il y a un mois, quand la journée s’est terminée,
je me suis dis : « ça c’est une journée de rêve
» ; Cette journée là, je me suis mise à travailler
sur le tableau appelé « L’étrangère »
pour les éditions Nestiveqnen, J’avais pas mal en tête
l’histoire dont je vous ai parlée, j’étais en
train de faire une sorte de monologue d’un personnage très
proche de choses que j’avais vécues. Je me suis donc arrêté
deux trois fois dans la journée je posais mes pinceaux, et j’allumais
l’ordinateur et je me mettais à écrire pendant cinq
dix minutes, une demi-heure et hop ! Je retournais à ma peinture.
Je me suis alors dis : « Ca c’est une journée de rêve,
franchement…
K : Est-ce que tu peux nous dire comment ça se passe le
procédé de création avec le Directeur artistique
par exemple ?
Il n’y a pas réellement de procédé
de création avec le DA. Non c’est plus simple Généralement,
on m’envoie un manuscrit pour l’illustration d’un livre
de poche. (Parfois on me fait un résumé et je me débrouille
avec). Je fais deux ou trois croquis dans mon coin et je les soumets au
DA. Puis, il me donne sa préférence Je fais, ensuite, un
croquis plus abouti et puis après avoir eu l’aval, je me
lance. Jusqu’à présent e travaillais à l’aquarelle
maintenant c’est à l’huile. L’huile c’est
tout autre chose On ne travaille plus sur un petit format genre A3 mais
on sur un format du type 80 X 60 et ça devient toute une histoire
ne serait-ce que pour reporter le dessin sur la toile.
M : Comment tu t’y prends justement ?
Alors y’a deux manières. Si c’est juste un portrait
et qu’il n’y a pas de repère derrière, architectural
ou n’importe quoi, j’utilise, un projecteur où y place
le dessin en réduction puis on le projette simplement sur la toile.
On n’a plus qu’à retranscrire le dessin. C’est
la méthode la plus simple. Quand le dessin est trop précis
c’est un autre procédure : d’abord il faut que je scanne
mon dessin, ensuite sur Photoshop je le mets à la bonne taille,
je le rezize je le sors en au moins douze feuilles A4 pour faire mon dessin
à la bonne taille que je scotche ensuite. Une fois que ce petit
est fait, je décalque tout ça au crayon bille. Je le retourne
et je refais les contour aux crayons de couleur et une fois que c’est
fait j’applique le tout sur la toile et avec un crayon, j’appuie
et je fais le transfert. Une fois que c’est fait je retrace avec
le crayon de couleur Pour terminer, au pinceau et à l’acrylique
je redétoure le tout. Tout ça dure une bonne journée.
C’est pas l’étape géniale.
M : Pas la plus excitante tu m’étonne.
Non, et c’est vrai qu’avant quand je travaillais à
l’aquarelle, Ce n’était pas si long, J’avais
juste à décalquer à la table lumineuse et c’était
fini En faisant maintenant mes travaux à l’huile ça
me complique la vie mais je ne cherche pas la facilité, donc voilà
!
M : Qu’est-ce que tu penses du travail d’après
photos ?
J’utilise l’appareil photo ou les photos pour des détails.
C’est-à-dire que si j’ai besoin d’une main crispée,
soit je crispe ma main pendant des heures devant un miroir et j’attrape
des crampes … Soit je prends une photo numérique.. Le travail
d’après photos quand c’est pour des détails,
quand on se sert par exemple d’une lumière qui tombe sur
un drapé moi je trouve ça bien …. Par contre prendre
une photo et la reproduire servilement je ne vois pas l’intérêt,
e En tout cas ce n’est pas ma façon de travailler Avec cet
appareil numérique, Je suis autonome. C’est-à-dire
avant j’avais un appareil normal et il fallait attendre que la pellicule
soit terminée, de l’envoyer au développement, de la
récupérer, etc. L’immédiateté du numérique
c’est fabuleux. Souvent, je fais les photos et puis je ne m’en
sers pas. C’est plus pour me rassurer qu’autre chose. Je vais
les regarder, les poser quelque part et je ne vais même plus m’en
servir. Une fois que je les ai vu je les ai dans l’œil et c’est
bon.
K : Est-ce que tu continue à croquer des gens, des paysages
?
Malheureusement non. C’est pourtant vrai que c’est ça
qui m’a amenée à tout ce que je fais : le croquis
d’après nature. J’ai toujours adoré ça
et j’ai toujours été bonne là-dedans en plus.
Quelque part j’ai peur que si je commence tout le monde me le demande…
C’est prétentieux ce que je viens de dire.
K : Non ce que tu veux dire c’est que du moment que tu as
commencé à faire ça y’a des gens qui ont voulu…
Oui, les portrait j’y arrive pas mal. Je fais ça en un ¼
d’heure et ça a l’air facile pour les gens vu de l’extérieur.
Mais c’est pas facile du tout, c’est beaucoup de concentration,
on angoisse, la personne pose, on veux faire ça bien, Si on rater
on vexer la personne. Mais c’est quelque chose que j’adore.
Je le fais encore mais c’est moi que je me dessine en fait. Quand
je fais des croquis et que j’ai personne sous la main, je suis mon
propre modèle.
K : tu fais des autoportraits en fait ?
Ce ne sont pas des autoportraits, ce sont des parties de moi. Par exemple,
l’étrangère c’est moi, debout, dans mon atelier
avec un miroir et une grande feuille devant moi. Je l’ai amélioré
bien sûr Je fais souvent des croquis des mes mains aussi. Ce sont
les seuls dessins d’après nature que je fais actuellement.
M : On te reconnaît sur le nouveau tableau.
Sur le nouveau c’est clair mais c’est un des rares quand même.
K : Au niveau des traits, tu as un visage qui est plutôt
rond et là tu as…
Oui mais parce que je ne supporte pas les rondeurs de mon visage si tu
veux. Alors je creuse. Mais c’est vrai que dessiner d’après
nature c’est un super plaisir pour moi. J’adore ça.
Je suis capable de dessiner n’importe quoi, de passer une heure
sur une plante, sur un petit détail…
M : Alors à quoi tu t’amuses au niveau, je dirais
plus petites « alchimies » ?
Mes derniers petits tests ce sont des essais au brou de noix. Mais c’est
que je les ai laissés en plan. J’ai eu comme ça un
soir une envie de brou de noix ». Je les ai mis ça dans une
chemise et j’attends d’avoir de nouveau envie de le refaire.
K : Tu as mélangé ça avec autre chose ?
Juste de l’eau. En fait tout ces tests « alchimiques »
c’est à l’huile que je les fais en ce moment, grandeur
réelle directement sur les toiles, en jouant avec les adjuvants,
les siccatifs, les mélanges pour les glacis.
M : Est-ce que tu procède beaucoup de façon je dirais
empirique et expérimentale ou est-ce que tu vas rechercher dans
les bouquins les techniques des vieux maîtres ? K : Les sources
latines, les pigments naturels du moyen âge ?
J’ai trois bouquins, l’un de Yves Pajel (un peintre hyper
réaliste), celui de Pierre Garcia et enfin celui de Xavier Langlais.
Ce sont de gros bouquins Je les ai lues de A à Z. Ce sont des Bibles
pour moi. Je crois qu’on ne peut pas se lancer dans l’huile
professionnellement sans avoir lu ces bouquins là en fait. Ils
sont un peu contradictoires parfois donc il faut essayer de faire la part
des choses. On est obligé de tester soi-même.
K : Donc tu mélange les pigments avec de l’huile
en fait ou c’est de la peinture à l’huile en tube ?
Non, je n’en suis pas encore à ce stade. J’aimerais
mais il me faudrait plus de place.
K : Un atelier avec plein de fioles partout, t’irais chercher
des pigments, tu cultiverais des fleurs…
Bon j’irais pas jusqu’à r fabriquer moi-même
les pigments parce que, parce que les pigments c’est quand même
complexe… Le « jaune de vessie », c’est quand
même du pipi d’animaux
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