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TERRA INCOGNITA – décembre 2000
L’enfant contre la nuit de Susan Cooper (je crois) a été
LE choc. Ce livre, ça a été la découverte
de la magie, en fait. que Je l’ai lu à peine adolescente.
« Les yeux de la forêtt» de F.Engetl Randall a suivit
et là j’ai découvert le mystère. « L’histoire
sans fin » m’a fait découvrir les mondes parallèles.
Avant ces trois livres, je lisais plutôt des contes pour enfants
Là ça entrait de plein-pied dans le fantastique alors ?
Oui. La magie, le miracle, ça fait partie de ma vie.
Qu’entends-tu par « magie » ?
Peu importe si la télékinésie et tout autres choses
de ce genre, existe. Pour moi, la magie réside d’abord dans
les relations humaines… Tout ce qui peut se passer dans le subtil.
Les rêves c’est de la magie. Quand on rêve, on construit
des choses. Maintenant je réalise que le pouvoir de la pensée,
ce qu’on imagine, est créatif - donc magique.
Donc le processus de création pour toi est magique ?
Ca l’est. Le fait que toute petite j’ai su dessiner mieux
que la moyenne, c’était déjà magique. Pour
moi c’est un signe du destin que je sache dessiner. Je me dis «
je sais dessiner et il faut que j’en fasse quelque chose ».
J’ai toujours tiré un peu d’orgueil à ne pas
être comme les autres. J’ai été jusqu’à
l’âge de vingt ans d’une incroyable timidité
maladive, et donc, ça m’a toujours mise en marge. Mais ça
ne m’a jamais gênée car être en marge, ça
me plaît.
K : ça te protégeait ?
Je ne sais pas… Non, puisque je n’ai pas peur du monde extérieur.
Ma timidité me conférait quelque chose en plus, qui avait
quelque chose de magique. Pour moi tout ce qui est en dehors du banal
est magique. Et puis, dans mes rêves et dans mes fantasmes d’adolescente
il y avait aussi toute la magie « extra-ordinaire », comme
transformer du plomd en or, qui font plus partie de l’imaginaire
que des choses auxquelles je crois vraiment.
M : Est-ce que tu te rappelles de ta toute première illustration
publiée ?
C’était une carte pour Casus Belli, une carte d’un
jeu romain… Et la première illustration publiée c’était
dans le magazine Tilt et j’avais peins un dragon avec un elfe dans
un sous bois.
K : Est-ce que tu te souviens, en parlant d’illustration, la première
fois où tu as fait une illustration pas « gribouillée
», j’allais dire, pas comme ça : « pouf pouf
», mais véritablement pensée au niveau de la composition
?
Je m’en rappelle très bien, c’était à
Quimper, donc chez moi. J’avais déjà commencé
l’histoire que j’écris depuis que je suis adolescente.
Lorsque je l’ai commencée j’avais une quinzaine d’années
J’ai toujours aimé inventer des races. Il y a les Faydakins
les Kélians, les Molocks etc. Toutes ces races sont consignées
dans classeurs et je sais pas ce que j’en ferai un jour… J’avais
donc créé les Faydakins qui sont des personnages aux cheveux
blancs et ce sont eux que j’avais décidé de peindre.
( les cheveux blancs me fascinent) Les Faydakins ont des crânes
très grands avec une grande crinière et ils ont le visage
comme un museau mais avec un nez et une bouche, pas un nez de chat ni
quoique ce soit de ce genre. De plus ils ont des sortes de tatouages.
Donc j’avais décidé de les dessiner sur un format
raisin (50 x 60 cm), quelque chose de géant pour moi à l’époque,
et je m’y suis mise en fin d’après-midi, , et j’ai
bossé toute la nuit dessus. c’était la première
fois que je passais une nuit blanche sur une image en couleur aux pinceaux.
… Au départ je ne suis pas peintre je suis une plutôt
dessinatrice et j’ai eu très longtemps peur de la couleur,
peur des pinceaux, je sentais pas cette espèce de truc mou là
au bout du bâton ! Maintenant ça a changé.
M : Et comment passes-tu justement de l’illustration à
la peinture ?
Je suis passée de l’illustration à la peinture lorsque
je me suis enfin décidée à employer la peinture à
l’huile sur toile, il y a moins de deux ans de cela. Ma façon
de travailler à changée. Ce changement est difficile a effectuer.
On ne se défait pas de huit années d’illustration,
avec tous les reflexes que ça inclu, du jour au lendemain !
K : Tu peux nous en parler un peu de l’ESAG, de la réaction
de tes professeurs par rapport à ton travail, de ton entourage
en général ?
Alors l’ESAG : Première année… Je venais juste
d’arriver à Paris. J’arrive dans une espèce
de grande pièce, en fait un grand atelier avec une verrière
et cent élèves. On nous a fait dessiner un tonneau, rouillé,
complètement déglingué. Après cette séance,
ils ont pris les meilleurs, ils les ont affichés et ils ont décidé
que dans l’atelier, où nous étions cent, deux élèves,
Stéphane Thanner et moi nous serions massiers, c’est-à-dire
délégués. Et je me suis retrouvée quelques
jours plus tard sur l’estrade, devant une liste de cent élèves,
dans mon grand manteau, et j’ai du, toute tremblante, faire l’appel
de cent élèves avec des noms de tous les pays, dont dessinais
bien. Je me suis dis « Bon ça y’est, ça commence
pas trop mal parce que je me suis pas trop plantée au départ
». Cette première année a été une année
charnière au niveau de la confiance en moi. A force de se retrouver
avec deux cent yeux braqués sur toi, on commence à prendre
confiance en soit
M : Tu savais précisément ce que tu voulais faire
?
Non. Avant de rentrer à l’ESAG j’ai voulu faire de
la mode, et des tas d’autres choses, puis j’ai vu quelques
reportages et je me suis dis « Bof, ça m’a l’air
trop superficiel ce monde, c’est pas pour moi ». A un moment
donné je voulais faire du design dessiner des tables… être
décoratrice d’intérieur, tout ces métiers de
création.
K : ça rejoint quand même des formes ou des volumes ou des
couleurs donc c’est toujours dans le même genre. L’ESAG
ça dure cinq ans quand même là tu viens de parler
de la première année, mais il a du se passer d’autres
choses non ?
En fait je suis passée directement de la première à
la troisième année. Parce j’étais dans les
dix premiers. Quelque part je le regrette un peu parce qu’en deuxième
année les élèves touchaient aux volumes, à
la sculpture, etc. Et moi ça m’aurait bien plu mais bon c’était
une école payante, donc c’était des économies
pour mes parents. J’ai eu une demie bourse, pour la deuxième
année, ce qui a fait quand même du bien. La formation à
l’ESAG est vraiment géniale, on fait aussi bien de la photo,
du croquis de nus, du croquis analytique, on étudie la couleur,
on a des cours d’illustration, de la typographie, de la calligraphie,
on touche à tout en fait. Je suis rentrée à l’Esag
en voulant faire de la BD. J’ai toujours aimé la narration
et je me disais « narration/image, bon c’est la BD »
Je suis sortie de l’Esag en voulant toujours faire de la BD en fait.
Dans le monde de l’illustration/BD, je ne savais pas bien ce qui
m’attendait.
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